Matériel éducatif

Série de dépliants sur les affections thyroïdiennes

L’ophtalmopathie basedowienne

L’ophtalmopathie basedowienne est une maladie de l’œil qui touche environ la moitié des patients atteints ou qui ont déjà été atteints de la maladie de Basedow-Graves et qui présentent également une atteinte des paupières. Le pourcentage de cas décelés est légèrement plus élevé lorsque des techniques sensibles comme la tomodensitométrie de l’orbite sont utilisées. Toutefois, le recours à cette technique diagnostique n’est pas nécessaire chez la majorité des patients. Environ 10 % des patients qui montrent cette atteinte oculaire ne présenteront jamais d’hyperthyroïdie. Les causes de l’association entre cette affection des yeux et l’hyperthyroïdie ne sont pas totalement élucidées. Heureusement, seuls 5 % des patients présenteront une forme grave de la maladie.

L’ophtalmopathie basedowienne, à l’instar de la maladie de Basedow-Graves et de la maladie de Hashimoto, est une affection auto-immune. Elle est causée par la réaction d’anticorps et de certains globules blancs - les lymphocytes - contre certaines protéines du muscle oculaire et du tissu conjonctif et des graisses qui sont situés autour du globe oculaire. Cette affection doit être distinguée des légers signes oculaires qui surviennent chez la plupart des patients, soit une saillie des yeux et des spasmes des paupières causés par un excès d’hormones thyroïdiennes.

Caractéristiques cliniques
Les caractéristiques cliniques de l’ophtalmopathie basedowienne comprennent des symptômes d’inflammation des tissus oculaires. Les yeux sont douloureux, rouges et larmoyants, particulièrement lors d’une exposition au soleil ou au vent. La membrane qui recouvre l’œil est enflammée et enflée.

Les paupières et les tissus environnants présentent un œdème (enflure causée par un liquide). Les globes oculaires sortent des orbites. Le mouvement du muscle oculaire empêche l’œil de bouger normalement, et il peut en résulter une vision double ou trouble. Certains patients distinguent moins les couleurs.

À l’examen, on peut constater que les yeux sortent de leurs orbites. On peut mesurer la saillie au moyen d’un instrument appelé « exophtalmomètre ».

Les épreuves de laboratoire
Il n’existe actuellement aucune épreuve de laboratoire permettant de confirmer le diagnostic de l’ophtalmopathie basedowienne. Les mêmes anticorps que ceux mis en évidence dans la maladie de Basedow-Graves agissent comme marqueurs de la maladie.

L’évolution naturelle de la maladie
Les modifications oculaires ont tendance à s’effacer en moins de 24 mois, entraînant des résultats satisfaisants chez la majorité des patients, même sans traitement. La vision double et la saillie des yeux ne disparaissent généralement pas totalement. De nombreux patients sont préoccupés par l’apparence de leurs yeux globuleux et enflés, alors que d’autres qui ne présentent pas des symptômes aussi apparents s’inquiètent de ne pouvoir lire clairement en raison de leur vision double. Les répercussions de l’ophtalmopathie dépendent également de l’âge, du sexe et du travail du patient. Le tabagisme constitue un facteur de risque d’une atteinte grave; les patients sont fortement incités à cesser de fumer.

Le traitement
Malheureusement, il n’existe aucun traitement satisfaisant. Comme l’hyperthyroïdie semble influer sur la maladie oculaire, il est très important de la traiter rapidement et efficacement, mais également d’éviter l’apparition d’une hypothyroïdie, qui est également nuisible pour l’œil. Chez la majorité des patients, l’état des yeux a tendance à s’améliorer quelque peu lorsque les troubles thyroïdiens sont traités.

Chez un petit nombre de patients, la maladie continue d’évoluer, peu importe les interventions touchant la thyroïde. Ceux-ci doivent être traités au moyen de médicaments puissants comme des corticostéroïdes ou des immunosuppresseurs afin de prévenir la survenue possible d’une enflure du nerf optique et la cécité. Actuellement, on privilégie l’administration intraveineuse plutôt que l’administration orale des corticostéroïdes, car les médicaments sont alors plus efficaces et entraînent moins d’effets indésirables. Si ce traitement ne donne aucun résultat, il peut être nécessaire de réduire la pression de l’orbite en retirant une partie du tissu par chirurgie ou par radiothérapie externe (rayons X). Les deux traitements font diminuer la pression exercée sur le globe oculaire et préviennent les lésions permanentes au nerf optique.

La prise en charge à long terme
Les patients qui n’ont jamais présenté de maladie thyroïdienne doivent faire l’objet d’un suivi régulier afin de déceler l’apparition de celle-ci. Les patients atteints d’ophtalmopathie dont l’hyperthyroïdie est traitée doivent eux aussi être examinés régulièrement afin de s’assurer que leur fonction thyroïdienne demeure normale, car la récurrence de l’hyperthyroïdie ou l’apparition d’une hypothyroïdie peut aggraver la maladie. Dans certains cas, on réalise une chirurgie esthétique de l’œil ou une intervention chirurgicale visant à corriger la vision double.

Mise à jour en octobre 2009 par Hortensia Mircescu, M.D., FRCPC, Division d’endocrinologie, Centre hospitalier de l’Université de Montréal, professeure adjointe de clinique, Faculté de médecine, Université de Montréal.